Leonard Cohen in Memoriam

Leonard Cohen
C’était le samedi 4 septembre 1999, quelques jours avant le grand tremblement de terre à Athènes, quand j’ai rencontré sur l’île d’Hydra, en Grèce, pour la première et dernière fois dans ma vie, le poète et musicien canadien Leonard Cohen

Par Georges Karouzakis

C’était le samedi 4 septembre 1999, sur l’île d’Hydra, en Grèce, quelques jours avant le grand tremblement de terre à Athènes. J’ai rencontré ce jour-là, pour la première et dernière fois de ma vie, le poète et musicien canadien Leonard Cohen. Nous nous sommes assis à la terrasse d’un café, sur le port. Nous avons contemplé ensemble le coucher de soleil qui se reflétait dans l’eau, tout en échangeant quelques paroles futiles. Son retour sur l’île, après une décennie d’absence, avait été le grand sujet de discussion pour tout le monde. Les insulaires parlaient de sa réapparition comme s’il s’agissait du retour d’un oiseau migrateur ou d’un ami oublié. « Cohen est venu cette année », disaient-ils.

Notre première rencontre a eu lieu le matin de ce jour-là dans un café, au début de la ruelle de Mandraki. Après les présentations, je lui ai demandé de m’accorder une interview pour le journal dans lequel je travaillais à l’époque. Il a refusé poliment et nous nous sommes quittés avec la vague promesse de nous revoir.

Il orchestrait paisiblement le discours, en parlant doucement, avec des phrases courtes, avec pauses et gestes subtils

Le dernier souvenir que j’ai gardé de lui dans mon esprit en se temps-là, c’était une photo de lui dans les montagnes de Los Angeles : il avait le crâne rasé, était vêtu d’une soutane noire, et priait au centre bouddhiste où il s’était retiré. Sur l’île d’Hydra, il portait un bermuda brun et un t-shirt noir. Il semblait être calme et accessible.

Leonard Cohen, un parent éloigné

L’après-midi de ce même jour, nous nous sommes rencontrés à nouveau. Il était assis seul, juste devant à la terrasse d’un café. Il était taciturne et timide. Il commentait ce qu’il entendait avec des petites phrases de sa voix basse et chaleureuse. Il a dit qu’il avait découvert l’île d’Hydra par hasard dans les années 60. Il m’a confié qu’il avait toujours aimé New York. Il m’a dit aussi qu’il n’avait jamais appris à chanter et que c’était pour cette raison qu’ il avait choisi de réciter les paroles de ses chansons. Il adorait le moment du coucher de soleil, quand « tout commence à se calmer». Il se plaignait de l’évier de sa cuisine à Hydra et disait qu’il devait être réparé.

A propos du choix de son fils de suivre ses traces dans la musique, il a levé son index vers le ciel, en disant : « c’est lui qui décide ». Il m’a posé beaucoup de questions sur la Grèce et son peuple. Il orchestrait paisiblement le discours en parlant doucement avec des phrases courtes, avec pauses et gestes subtils : de sorte que son interlocuteur ait l’impression d’avoir affaire à une personnalité légendaire, un homme adorable, un insulaire originaire d’Hydra, un parent éloigné.

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Georges Karouzakis
Je suis un journaliste grec spécialisé dans le domaine culturel.

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