Ce que provoque pour moi la perte de l’opposant chinois Liu Xiaobo

Dans un système totalitaire même une personne morte semble menacer l’ordre, et peut être considérée comme un ennemi dangereux

Je pense souvent combien horrible et atroce doit être le fait de vivre et de respirer sous un régime oppressant ; d’exister dans un pays dominé par la terreur, la paranoïa et la censure.

Par Georges Karouzakis

J’ai fait ces pensées récemment, apprenant la nouvelle du décès de Liu Xiaobo, activiste, écrivain et intellectuel chinois, défenseur des libertés politiques, récompensé, en 2010, par le prix Nobel de la paix.

Il est décédé le jeudi 13 juillet à l’âge de 61 ans, à la suite de complications d’un cancer du foie. Sans qu’il ne lui ait été donné, par le régime, la possibilité de bénéficier d’un meilleur traitement qui lui permettrait le prolongement de sa vie.

« Le fait que Liu Xiaobo n’a pas été transporté dans un hôpital où il pourrait avoir des soins médicaux appropriés avant d’entrer à la phase finale de sa maladie, est un acte profondément scandaleux. Le gouvernement chinois a une grande responsabilité de la mort prématurée », a déclaré à Reuters le chef du comité du Prix Nobel, Mme Rice-Berit Andersen.

Il faut rappeler que Liu Xiaobo a été emprisonné à plusieurs reprises durant sa vie à partir de 1989. À l’époque, il a été accusé d’avoir participé à des manifestations pour la démocratie. La dernière fois qu’il a été emprisonné c’était pour avoir fait des déclarations antigouvernementales selon lesquelles « il a cherché à renverser le régime ». Le fait qu’il était un des auteurs de la célèbre « Charte 08 », le texte pour la démocratisation de la Chine, a empiré ses relations avec le régime.

La façon dont le gouvernement chinois a géré la mort de Liu Xiaobo indique les conditions particulières que le pays réserve aux dissidents. Il rappelle ainsi la manière classique dont les régimes totalitaires de toute sorte dans le monde entier font face aux opposants.

Vendredi dernier, Pékin a exprimé son aversion envers le décédé. Le porte-parole du ministère des Αffaires étrangères, a déclaré que le prix Nobel de la paix avait été blasphémé. « Attribuer le prix à une telle personne contredit l’objectif même de cette récompense », a jugé Geng Shuang dans une déclaration de presse. (Le Monde).

La mort de Liu Xiaobo donne matière à réflexion

Dans un système totalitaire même une personne morte semble menacer l’ordre, et peut être considérée comme un ennemi dangereux. La réaction à la perte de l’activiste, l’incinération hâtive du cadavre (il a été incinéré, le samedi 15 juillet et ses cendres dispersées dans la mer, selon son frère Liu Xiaoguang) confirment ce que nous savons bien : la paranoïa et la panique des régimes intolérants et des dictatures du monde entier.

La mort de Liu Xiaobo donne matière à réflexion, c’est le voile qui se déchire devant nos yeux pour révéler les images cachées de l’horreur et de l’oppression : la peur des gens dans leur vie quotidienne, les suspicions qui érodent leurs relations. On voit alors clairement les pensées qu’ils cachent et n’osent exprimer ni devant leurs parents ni devant leurs enfants, les précautions qu’ils prennent pour naviguer sur Internet. De plus, la méfiance qui domine les relations interpersonnelles devient évidente ainsi que la peur qu’ils éprouvent quand ils ont à choisir de lire tel livre ou d’assister à tel concert. Un « juge suprême » et omniprésent, le régime, contrôle les idées et les gestes des gens, incriminant les pensées intimes de tout un chacun. Il maîtrise leur esprit. Il devient leur seconde nature, enracinée dans leur comportement et leur peau.

Des milliers de personnes passent leur vie avec la certitude que l’existence est une affaire de persécuteurs et de persécutés. Ils croient que l’expression d’une opinion ou même une seule pensée pourrait être considérée comme un crime qui entraîne la pire des peines. La tyrannie est la norme. Quelle honte ! Quelle injustice ! Quel dommage !

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Georges Karouzakis
Je suis un journaliste grec spécialisé dans le domaine culturel.
Georges Karouzakis

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