La Grèce divisée

Dès les premiers mois de la crise, un sentiment de désarroi et de désespoir, d'injustice et de détresse a envahi le peuple grec qui progressivement a commencé à réaliser le raz-de-marée catastrophique qui venait d’affecter sa vie quotidienne

Par Georges Karouzakis

La Grèce est à la mode ces dernières années. Mais… de façon négative. Le pays est plongé dans une grave crise économique depuis 2009. Il n’est plus un lieu de vacances où les touristes peuvent profiter pleinement et sans souci du soleil et des plages divines des îles. Cette crise, aussi désagréable et dévastatrice qu’elle puisse être pour la majorité de la société, ne se compare pas, bien entendu, avec les énormes problèmes d’autres pays du monde. Je me réfère, bien sûr, aux pays où les droits de l’homme sont violés systématiquement, où les gens sont confrontés à la censure ou la cruauté de la guerre, ne leur permettant pas de savoir s’ils vont survivre le lendemain ou non.

La Grèce, heureusement, reste un pays démocratique. Elle est membre de l’UE, le soleil brille, la mer… est toujours bleue et les Grecs, malgré la crise, fréquentent encore les restaurants et les terrasses de café de plein air dans tous les quartiers et toutes les villes.

Les conséquences de la crise ont plusieurs facettes qui ne sont pas évidentes au premier coup d’œil. Cela ne signifie pas qu’elles n’existent pas. Par exemple, le taux de chômage est énorme, (22,5 % selon Eurostat), de nombreuses personnes ont du mal même à payer les factures, tandis qu’une grande partie des jeunes, en particulier les plus instruits, compétents et qualifiés, se voient obligés de quitter le pays à la recherche de meilleures conditions de vie à l’étranger.

Et ce n’est pas tout. Avec la crise économique des problèmes d’ordre politique et social ont fait leur apparition dans les rangs des différentes classes de la société : l’épanouissement des « fleurs du mal » du nationalisme, du populisme, de la xénophobie et du racisme. Ce nationalisme, par exemple, se manifeste sous forme d’un isolationnisme particulier, à la limite de théories de complot ce qui fait que certains pensent que ce sont les forces obscures étrangères qui cherchent à détruire « le berceau de la civilisation occidentale » qu’est la Grèce. D’autre part, l’entrée des fascistes de l’extrême droite de l’Aube Dorée  au Parlement grec est un exemple malheureux de cette situation.

Heureusement, tous les grecs ne partagent pas ces points de vue, mais ces idées sont répandues dans une grande partie – souvent la plus vulnérable – de la population.

Tous ces phénomènes de société, bien cachés dans le passé, ont commencé à faire surface avec le début de la crise économique. Dès les premiers mois de la crise un sentiment de désarroi et de désespoir, d’injustice et de détresse a envahi le peuple grec qui progressivement a commencé à réaliser le raz-de-marée catastrophique qui venait d’affecter sa vie quotidienne.

Jour après jour, chaque nouvelle difficulté, chaque nouvel obstacle provoquaient au départ l’outrage, puis l’indignation. Ensuite, tous essayaient de trouver qui étaient les responsables de cette catastrophe. Souvent, les « ennemis » étaient reconnus à l’étranger, chez les hommes politiques en général, ou tout simplement, chez les voisins. Les responsables sont, selon certains, toujours les autres.

Évidemment, les raisons qui sont à l’origine de la crise grecque sont nombreuses et complexes. Les hommes politiques grecs, les fonctionnaires de l’Union Européenne ont leur part de responsabilité. Mais les citoyens eux-mêmes ont aussi la leur. Dans un pays démocratique où les citoyens élisent leur gouvernement, le peuple est au moins responsable de son choix, et de ceux à qui il confie le destin du pays. Il faut avoir en tête que la façon dont les gens réagissent aux problèmes aigus indique le niveau de la « culture politique » des citoyens.

Enfin, en Grèce, la crise prolongée révèle un pays blessé, las et, le pire, divisé. Les liens de confiance entre les différents groupes sociaux ont été rompus et empoisonnés. Les promesses sans fin et les attentes d’amélioration de la situation ne viennent de nulle part. La colère, l’apathie et la frustration font partie du quotidien de presque tous. Et cela est vraiment injuste pour un peuple qui souffre sans cesse de l’une des plus graves crises dans notre histoire contemporaine, bien qu’il vive dans un pays d’une beauté exceptionnelle avec de nombreuses possibilités inexploitées.

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Georges Karouzakis
Je suis un journaliste grec spécialisé dans le domaine culturel.

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