Grèce : William Kentridge et le triomphe de la vie

À la tombée de la nuit, au clair de lune, les piétons sont confrontés à une caravane de silhouettes d’ombres, des danseurs filmés, des dessins de squelettes activés, des contours d’objets anthropomorphes, le tout animé par la musique d’une fanfare et la danse des figures sur les écrans de l’installation

Par Georges Karouzakis                                                Photos : Nicolas Zacharakis                                  

Je n’affectionne pas les œuvres des artistes qui essaient d’exploiter occasionnellement les plus mauvais aspects de l’actualité. Souvent, ces œuvres d’art sont didactiques, inutilement dénonciatrices, adaptées pour faire le « buzz » médiatique. Les auteurs de ce type d’art utilisent la dure réalité afin d’exciter, parfois de manière provocatrice, des émotions et l’état thymique des spectateurs. Les exemples sont nombreux. On peut les identifier tous les jours dans plusieurs expositions et surtout dans les médias.

J’admire, en revanche, les œuvres délicates, les gestes artistiques transformés par la pensée, la sensibilité, l’empathie des artistes qui touchent le spectateur par voie raffinée et discrète. Visant à la fois l’esprit, le cœur, l’intelligence et les diverses facettes de la réalité et physionomies du public.

Dans cet univers fertile appartient sûrement l’œuvre étonnante de l’artiste sud-africain William Kentridge qui se présente, en plein air, ces jours-ci (jusqu’au 30 juin) à l’ombre de l’Acropole, à Athènes en Grèce. Il s’agit de l’installation « More sweetly play the dance » qui s’étend sur une frise de 40 mètres (évoquant peut-être les figures de la frise du Parthénon ?), sur huit écrans, en début de la voie piétonne de Dionysiou Aréopagitou. L’œuvre se présente au Festival d’Athènes et d’Épidaure.

Les pas… vers un avenir inconnu

À la tombée de la nuit, au clair de lune, les piétons sont confrontés à une caravane de silhouettes d’ombres, des danseurs filmés, des dessins de squelettes activés, des contours d’objets anthropomorphes, le tout animé par la musique d’une fanfare et la danse des figures sur les écrans de l’installation. Paradoxalement, malgré le thème sombre de l’œuvre (danse macabre) son impact sur les spectateurs-passants n’est pas déplaisant.

William Kentridge fait référence à la danse de la mort, un rituel issu du Moyen Âge. Il fait écho aussi aux représentations picturales de la danse qui illustraient, de manière allégorique, la force égalitaire de la mort, face à laquelle, nous sommes tous égaux. Cependant, l’air des images animées de Kentridge ne provoque qu’un sentiment euphorique, proche, probablement, des pensées contemplatives sur la mort des philosophes épicuriens ou stoïciens.

Le triomphe de Kentridge

La procession de Kentridge a plus à voir avec la vie que la mort. Les pas de ses figures sont vifs. Elles frappent avec ferveur le sol, la terre, laquelle, un jour, nous intégrera nous tous. Ces figures marchent et dansent sans cesse se dirigeant vers un avenir inconnu, portant le poids de leur vie dans leurs gestes et sur leur dos.

Les silhouettes dansantes semblent nous dire que la vie, dans sa beauté et sa cruauté, demeure, malgré tous les obstacles, un triomphe, une victoire contre les forces qui n’essaient parfois que de la réduire à une simple épreuve. Cette installation s’adresse également à tous ceux qui ne peuvent pas voir que la vie est, par dessus tout, un miracle lumineux sans précédent sur la terre.

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Georges Karouzakis
Je suis un journaliste grec spécialisé dans le domaine culturel.

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