Paris : les amitiés de Montparnasse

Petit à petit, mes pas me menèrent dans une ruelle, la rue Vandamme, au numéro 14. C’est là que se situe une petite librairie aux couleurs et à la physionomie de mon pays d’origine, la Grèce : « Desmos » (ce qui signifie « lien » en français). Cette librairie date de 1983, elle est nichée au cœur de Montparnasse.

Par Georges Karouzakis

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance d’aller faire un tour dans le quartier de Montparnasse à Paris. Errant parmi les bistrots, les crêperies et la foule mêlée, les bruits de la rue dans les oreilles, j’ai eu l’impression de m’être transféré mentalement dans les « années folles » (qui correspondent aux années 1920, à la fin de la 1ère guerre mondiale). Dans ces années-là, au début du siècle dernier, le quartier de Montparnasse était le quartier des artistes et des intellectuels, un quartier en pleine effervescence créative. Pendant que je marchais, des images fragmentées de cette époque inondaient ma tête et je me suis retrouvé par l’imagination au temps où les écrivains et les artistes connus, tels que Apollinaire, Fitzgerald, Picasso ou Modigliani… y vivaient et s’y amusaient. Tous ces intellectuels qui, par leur présence, ont marqué ce quartier à jamais. L’air ambiant, les musiciens ambulants toujours là aujourd’hui, les façades des bâtiments anciens, les ateliers d’artistes, les pavements des vieilles rues, tout évoquait dans mon esprit cette époque extraordinaire.

Modigliani, Picasso et André Salmon. La photo a été prise par Jean Cocteau à Montparnasse le 12 août 1916

Petit à petit, mes pas me menèrent dans une ruelle, la rue Vandamme, au numéro 14. C’est là que se situe une petite librairie aux couleurs et à la physionomie de mon pays d’origine, la Grèce : « Desmos » (ce qui signifie « lien » en français). Cette librairie date de 1983, elle est nichée au cœur de Montparnasse.

Ces amitiés ont généré le besoin d’un lieu de rencontre, qui, au fil des années, est devenu un point de référence pour la culture gréco-française.

Un grand nombre de livres de littérature grecque moderne, traduits en français, s’affichent dans la vitrine et dans les rayons à l’intérieur. Tout au long de l’année, plusieurs événements culturels sont organisés dans la petite salle de la librairie. De nombreuses expositions d’art sont présentées dans la galerie adjacente. « Desmos », c’est aussi le lieu de rencontre des Grecs de Paris et des Philhellènes de la capitale française. Mais ce n’est pas tout, ceux qui s’intéressent à la langue grecque et qui apprennent le grec moderne peuvent y suivre des cours une ou deux fois par semaine.

La Grèce à Paris

Le propriétaire et l’âme de la librairie s’appelle Yannis Mavroeidakos, il raconte, avec une légère nostalgie et un soupçon d’amertume, ce que faisaient les Grecs (exilés à Paris) pour fuir les cruautés du régime et les persécutions des dictateurs sous la junte des colonels (1967 -1974). « À cette époque-là », ajoute-t-il, « beaucoup de philhellènes français étaient connectés avec les Grecs de Paris : l’écrivain Jacques Lacarrière, l’historien Pierre Vidal-Naquet, l’historien et anthropologue Jean-Pierre Vernant, le journaliste Dominique Eudes… Tous ceux-ci aimaient profondément la Grèce ont tissé des liens étroits avec les Grecs de Paris ».

L’âme de la librairie Yannis Mavroeidakos Photo : G. Karouzakis

C’est dans cette ambiance culturelle qu’est née l’idée de la création des éditions et de la librairie Desmos. Ces amitiés ont généré le besoin d’un lieu de rencontre, qui, au fil des années, est devenu un point de référence pour la culture gréco-française. Jacques Lacarrière s’est mis à traduire en français les écrivains contemporains grecs. Le philosophe d’origine grec, Kostas Axelos, les écrivains Vasilis Alexakis et Aris Fakinos, le réalisateur et écrivain Adonis A. Kyrou, se sont joints à des intellectuels français et ont été parmi les premiers à soutenir avec ardeur cette initiative culturelle. Cette idée contribue encore aujourd’hui à la diffusion de la littérature et de la civilisation grecques dans le monde francophone.

Photo : G. Karouzakis

Après avoir passé un bon moment à feuilleter toute sorte de livres dans les rayons de la librairie, et après avoir échangé des propos sur l’avenir de la Grèce avec M. Mavroeidakos, je me suis à nouveau retrouvé dans les ruelles du quartier. J’ai marché à l’ombre de la Tour de Montparnasse, je déambulais et je réfléchissais, je cherchais les raisons pour lesquelles Paris demeurait l’une des villes du monde les plus aimée. C’est probablement parce que, dans chaque coin et recoin des rues parisiennes, nous avons la chance de découvrir, par une belle journée ensoleillée, la civilisation de tout un pays, de tout un peuple.

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Georges Karouzakis
Je suis un journaliste grec spécialisé dans le domaine culturel.

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